Il y a trois ans, j’ai failli jeter ma perceuse. Pas de chance : la batterie ne tenait plus la charge, et le mandrin commençait à avoir du jeu. J’allais en racheter une neuve, 120 €, quand un ami m’a conseillé d’aller voir sur marteau-malin.fr. J’y ai trouvé un tuto pour changer le mandrin, une autre page sur la réparation des batteries NiMH, et j’ai fini par remettre l’outil en état pour 18 €. Depuis, je ne bricole plus de la même façon. Ce n’est pas une question de budget, enfin pas seulement. C’est une question de regard.
On vit une époque bizarre. On nous répète qu’il faut consommer moins, produire moins de déchets, tendre vers un mode de vie plus sobre. Sauf que dans les rayons bricolage, l’offre low-cost n’a jamais été aussi abondante. Des visseuses à 35 €, des meubles en panneau de particules à 20 €, des outils qui durent le temps d’un week-end. Le paradoxe est total. On nous demande de sauver la planète tout en nous vendant du jetable à prix cassé.
Je ne suis pas un saint. J’ai moi-même acheté des choses dont je ne suis pas fier. Une ponceuse à 29 € qui a rendu l’âme après deux heures d’utilisation. Un escabeau en aluminium qui a plié au troisième usage. À chaque fois, je me suis dit : « plus jamais ça ». Et à chaque fois, j’ai recommencé, parce que le prix affiché est plus fort que la raison. Sauf que réparer, c’est possible. Et souvent, c’est plus simple qu’on ne le croit.
Réparer, c’est politique (un peu)
Quand on répare un objet, on ne fait pas qu’économiser de l’argent. On sort de la logique du tout-jetable. On refuse de participer à ce grand manège qui consiste à extraire des matières premières, à fabriquer à l’autre bout du monde, à transporter sur des milliers de kilomètres, à vendre, à jeter. Chaque réparation évite un achat, donc évite une production, donc évite des déchets. À l’échelle d’un foyer, c’est minuscule. À l’échelle d’un pays, ça commence à compter.
Les chiffres officiels sont têtus. En France, l’Ademe estime qu’un habitant produit environ 580 kg de déchets par an, dont une bonne partie vient de l’équipement domestique. 580 kg. Par personne. Chaque année. On peut toujours trier, composter, recycler, mais le meilleur déchet reste celui qu’on ne produit pas. Un outil réparé, une chaise recollée, un vélo retapé, c’est autant de kilos qui ne finissent pas en décharge ou à l’incinérateur.
Le piège du neuf pas cher
Le neuf bas de gamme a un coût caché. Il ne tient pas. On le rachète. On recommence. Au final, on dépense plus que si on avait acheté un outil correct dès le départ. J’ai fait le calcul pour ma perceuse : cinq modèles bas de gamme en dix ans, environ 200 €. Ma perceuse actuelle, réparée deux fois, m’a coûté 85 € à l’achat et une trentaine d’euros de pièces. La différence n’est pas énorme, mais elle est réelle. Et surtout, je n’ai pas jeté cinq outils.
Le problème, c’est que réparer demande un minimum de connaissances. Il faut savoir démonter, identifier la pièce défectueuse, la commander, la remonter. Pour beaucoup de gens, c’est un mur. On n’a pas appris. On ne sait pas par où commencer. C’est là que les blogs de bricolage jouent un rôle. Ils rendent le savoir accessible. Ils montrent qu’avec un tournevis, un peu de patience et une connexion internet, on peut faire des choses qu’on croyait réservées aux professionnels.
Ce que j’ai appris en lisant des tutos
Je ne suis pas devenu menuisier. Loin de là. Mais j’ai appris à changer un joint de robinet, à réparer une charnière de placard, à rafraîchir un vieux banc en bois avec une huile naturelle plutôt qu’un vernis chimique. J’ai appris à me méfier des colles miracles, à préférer les vis aux clous quand c’est possible, à garder les chutes de bois parce qu’elles servent toujours. Des petites choses. Des choses qui ne font pas la une des magazines, mais qui changent le quotidien.
Lire des blogs spécialisés, c’est aussi découvrir qu’on n’est pas seul. Des milliers de personnes bricolent, réparent, détournent, transforment. Elles partagent leurs galères et leurs réussites. Elles ne sont pas payées par les marques. Elles écrivent parce qu’elles aiment ça.
La semaine dernière, j’ai réparé une vieille lampe de chevet. Le fil était dénudé, l’interrupteur fatigué. J’ai changé les deux pour moins de 10 €. La lampe fonctionne. Elle est moche, mais elle fonctionne. Et je ne l’ai pas jetée.

